Ce texte a été rédigé par un groupe de 16 femmes et hommes impliqués à différents niveaux dans la recherche et l’enseignement en biologie, en philosophie des sciences et/ou en histoire des sciences. Il reflète le point de vue des signataires sur un sujet de société mais n’a pas vocation à représenter le point de vue unanime d’une discipline ou d’un institut. Ce texte a reçu, depuis sa mise en ligne sous forme de pétition, le soutien de 1154 signataires au 14 mars 2013, dont de nombreux scientifiques. Les commentaires sur ce site sont ouverts à tous, néanmoins les rédacteurs du texte se réservent le droit d’ignorer les commentaires jugés non pertinents pour se concentrer sur le débat d’idées.

Suite aux débats concernant l’introduction des notions d’identité, de rôles et de stéréotypes sexuels dans les programmes de lycée puis de l’ABCD de l’égalité à l’école, le mot genre est, en France, peu à peu banni des ouvrages pédagogiques comme des discours ou des rapports politiques.

En balayant ainsi d’un revers de main un champ d’études riche de plusieurs décennies de travaux, le gouvernement choisit visiblement de satisfaire les revendications arbitraires d’un groupe de manifestants. Nous, enseignant.e.s et chercheur.se.s en biologie et philosophie de la biologie condamnons ce marchandage du savoir avec des groupes de pression au mépris des connaissances scientifiques actuelles.

Les opposants au concept de genre avancent très souvent des arguments à prétention biologique pour appuyer leur propos. Ils construisent leur discours sur une supposée différence essentielle entre hommes et femmes, qui viendrait fonder un ordre naturel ». Ils appuient leurs idées sur des faits réels ou imaginaires, le plus souvent abusivement décontextualisés, extrapolés ou généralisés. En plus d’être naïve, une telle interprétation de la biologie est malhonnête et démagogique. Les connaissances scientifiques en biologie ne nous permettent en aucun cas de dégager un quelconque «ordre naturel» en ce qui concerne les comportements hommes-femmes ou les orientations et les identités sexuelles.

Ces organisations caricaturent les études de genre, dénonçant une hypothétique conspiration qui viserait, entre autres, à nier toute différence entre les individus ou à détruire la famille. Pourtant, le fait d’analyser les constructions sociales qui entourent la différence entre les sexes n’implique en aucun cas de nier la réalité biologique du sexe. De même, s’il y a effectivement des différences biologiques entre les hommes et les femmes, les sociétés humaines ne se réduisent pas à la biologie de l’espèce. Les sociétés humaines sont le résultat complexe de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux; c’est ce qui explique, d’ailleurs, que les études portant sur l’identité et l’orientation sexuelle ou sur les inégalités sociales entre les sexes relèvent de champs académiques diversifiés tels que la sociologie, l’anthropologie ou la philosophie, mais aussi les sciences biologiques. Aucune discipline ne saurait donc revendiquer la prétention de totaliser les études sur un objet aussi vaste et complexe.

Enfin, les opposants au concept de genre tentent insidieusement de déplacer le débat du champ de la politique à celui de la biologie, de manière à imposer un système de représentation. Cependant, ce système n’a rien de naturel ou d’universel, et en le proposant ses promoteurs usurpent les habits du sérieux scientifique. La science ne doit en aucun cas servir à conforter des préjugés et le devoir des scientifiques est de lutter contre la désinformation et contre les fausses utilisations du discours scientifique. Nous rappelons qu’aucune observation de la nature ne saurait avoir de prétention normative pour la société. Quelles que soient les conclusions scientifiques relatives aux origines des différences entre les hommes et les femmes, celles-ci ne doivent pas servir à légitimer l’inégalité entre les sexes dans nos sociétés et les inégalités ne doivent pas non plus être présentées comme des faits de la nature. La notion même d’identité sexuelle est structurellement humaine, et ne saurait donc être appréhendée par une approche seulement biologique. Il est donc inadmissible et vain d’instrumentaliser la biologie dans un débat concernant l’égalité sociale entre les individus, quels que soient leur sexe, leur identité ou leur orientation sexuelle. L’apprentissage de l’égalité ne peut se faire que par l’éducation et ce qui se passe dans la nature ne nous renseigne en aucun cas sur les décisions politiques que nous devons prendre.

En tant que scientifiques et citoyens, nous dénonçons fermement l’usurpation du discours scientifique pour imposer abusivement une idéologie inégalitaire.

11 réflexions sur “

  1. Gosset dit :

    Étant le Docteur Quidam, je ne peux accepter  » la pétition de soit-disant scientifiques en :
    Biologie, socio-psycho- bio-naturalistes qui dans des propos dit scientifique, n’ont pas
    Le minimum de rigueur, de précisions et de limites scientifiques dans les propos qu’ils
    tiennent. Comment peut-on parler de biologie sexuel humaine sans lire au moins quel-
    ques uns des mots suivant: chromosomes sexuels : XX, XY. Méiose : 1/2 ADN mâle +
    1/2 ADN féminin. Sexe masculin et féminin. Hormones sexuels mâles et femelles. Ovulation
    et éjaculation. Menaupose et andropause et surtout l’indiscutable lecture de ADN qui permet
    de reconnaître, grâce à cette science,la BIOLOGIE,le sexe homme ou femme à + de 95%
    Les Signataires de ce dit manifestes ne peuvent pas êtres des SCIENTIFIQUES, au sens
    strite du terme. GERME du latin germen ( d’où Cousins Germains ) n’est et ne peut être
    synonime de GENRE du latin génus,generis, NEUTRE,qui signifie race ( le genre humain ),
    style (genre dandy ), mode ( genre javanaise) etc……etc…..etc…. C.Q.F.D.

  2. « La phrase de Simone de Beauvoir, « on ne naît pas femme, on le devient », pose problème à plusieurs niveaux. S’agit-il de l’une des bêtises de la deuxième moitié du XXème siècle, qui a trompé beaucoup de gens de bonne foi ? S’agit-il d’une idée fausse ou d’une simple banalité ? Ou faut-il y voir bien plutôt une intention de propagande politique ? » Cf. Les Impasses du genre. Intersexes, sexuation et n’essence. http://www.psychanalysevideoblog.com/les-impasses-du-genre-intersexes-sexuation-et-nessence-i/

  3. Bob dit :

    >Quelles que soient les conclusions scientifiques relatives aux origines des différences entre les hommes et les femmes, celles-ci ne doivent pas servir à légitimer l’inégalité entre les sexes dans nos sociétés et les inégalités ne doivent pas non plus être présentées comme des faits de la nature.

    La biologie ne doit-elle pas comme les autres sciences éclairer les politiques publiques ?
    Si la biologie montre que par exemple les hommes sont plus sensibles à certaines maladies, par exemple le cancer de la prostate, et les femmes plus sensibles à certaines autres maladies, par exemple le cancer du sein ou du col de l’utérus, ne serait-il pas logique que le dépistage de ces maladies se fasse de façon sexiste ?
    De même pour d’autres maladies telles que l’autisme, la schizophrénie ou la dépression post-partum, qui touchent au cerveau des individus.

    S’il y a effectivement des différences au niveau physiologique entre les hommes et les femmes, pourquoi la société devrait-elle se passer de ces informations ?
    Doit-on nécessairement se passer d’un sexisme qui puisse sauver des vies ou simplement améliorer le confort général ?
    Prendre en compte les différences interindividuelles et entre les groupes de population me semble plus que jamais nécessaire aux progrès de la médecine.

    Dommage que vous n’ayez pas pris la peine de démarcher des médecins ou des physiologistes pour votre pétition, la biologie est une science très vaste.
    Enfin vous pouvez peut-être essayer avec Odile Fillod du blog allodoxia.

  4. huynh tran dit :

    Les signataires veulent présenter leur opinion comme supérieure à celle de leurs adversaires. Eux aussi sont pour l’inégalité !

  5. Marianne Cossé dit :

    Merci !

  6. Tranbert dit :

    On aimerais voir autant de fermeté a dénoncer l’instrumentalisation de la biologie à propos des OGM, de la biologie de synthèse, ou encore des bidouillages sur les virus (cf. supplément « science et médecine » du Monde où est publié votre texte).
    Mais il est vrai que, dans ces cas là, ça rapporte des crédits et ça fait tourner les labos; et puis c’est pour la bonne cause (les profits de l’industrie?), c’est le progrès (de la privatisation du vivant?), etc.
    Alors forcément, on est moins critique, on n’a pas l’indignation aussi facile…

    • Laure dit :

      Comment connaissez-vous l’avis des signataires sur ces sujets? Cette assurance que vous avez en avançant ce qu’ils peuvent en penser est bien curieuse…

    • Laure dit :

      De même, vous n’avez aucune idée de l’avis des signataires sur les modes de financement de la recherche.

    • Ras le bol dit :

      euh ! j ‘ai un proche malade donc à la maison on est passé du chimique médicaments à je mange bio et je prends des compléments alimentaires bio.Et résulat le corps revit et toutes les fonctions vitales fonctionne normalement !!! il faut savoir que le corps dans un premier temps acceptent les vitamines de synthèse puis finit par les rejeter!!!!Chez certaines populations en Afrique on vaccine à mal car ils sont himunisés contre le palludisme naturellement !!!( ils sont bien sur vacciné pour autre chose) ,chimie = mourrir , nous vivons en total symbiose avec notre planète!! l ‘écorce de saule vous soigne , le curcuma vous inhibe les cellules cancéreuses.On ne fait que des conneries depuis la révolutions industrielles!!!!Merci pour vos infos!!

  7. mylene botbol baum dit :

    excellent renversement , utile de rapeller que la biologie n’est pas l’instrument d’une ideologie ni ce qui definit l’humain.Mylene baum

  8. Saint-Loup dit :

    Bonjour la rigueur scientifique!
    Accusez les autres d’êtres caricaturaux en les caricaturant soi-même, c’est un comble!
    Je ne vois pas qui chez les « anti-gender » s’est appuyé sur les animaux pour dire que la société devrait se construire à leur image.
    En tous les cas ce qui est évident c’est qu’un homme et une femme sont physiologiquement différents et que ce n’est pas sans conséquence sur les prototypes de la masculinité et de la féminité.
    Pourtant c’est bien ce que réfute les pro-gender! Donc le manque de scientificité et la caricature il est plutôt de leur côté.

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